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Just Ride Road Trip / Sur la route, les forêts qui disparaissent

Just Ride Road Trip / Sur la route, les forêts qui disparaissent

Chronique d’un road trip à Madagascar, là où le charbon ronge le paysage

Le moteur ronronne à la sortie d’Antananarivo. La route s’étire, bordée de collines rousses et de villages encore enveloppés par l’odeur du matin. À moto, on lit le pays autrement : chaque virage raconte une histoire, chaque arrêt révèle un détail que l’on ne voit pas depuis un habitacle fermé. Et très vite, un constat s’impose. Là où l’ombre des forêts devrait rafraîchir l’asphalte, il ne reste souvent que des souches, des troncs calcinés, et des clairières gagnées par l’érosion.

De la RN2 à la RN7, du Centre aux Hautes Terres vers l’Ouest, le décor se répète. Des sacs de charbon empilés au bord de la route, prêts à partir vers les villes. À chaque pause carburant, la même scène : des charrettes chargées de bois, des fours de fortune fumant encore, et cette impression persistante que la forêt recule mètre par mètre. Le charbon de bois nourrit les foyers, mais il affame les paysages.

Les chiffres entendus récemment lors d’un atelier national sur la cuisson propre donnent un vertige particulier quand on les confronte à ce que l’on voit en roulant. 97 % des ménages malgaches dépendent encore du charbon ou du bois de chauffe. Une dépendance lourde de conséquences : environ 200 000 hectares de forêts disparaissent chaque année, rongés pour alimenter les marmites. À l’horizon 2030, le pays pourrait perdre jusqu’à 25 % de ses forêts restantes. Sur la route, ce futur annoncé semble déjà en marche.

Mais le charbon ne détruit pas que les arbres. Dans les villages traversés, la fumée s’échappe des cuisines, piquant les yeux et la gorge. On pense à ces 18 000 décès annuels liés à l’inhalation des fumées et des gaz toxiques issus de la cuisson traditionnelle. Une pollution invisible pour certains, mais omniprésente pour ceux qui la respirent chaque jour. À moto, l’odeur est passagère. À la maison, elle est permanente.

Rouler longtemps, c’est aussi comprendre les chaînes invisibles. Le charbon est bon marché, accessible, ancré dans les habitudes. Il fait vivre des familles entières, des producteurs aux transporteurs. Mais il coûte cher au pays : sols appauvris, rivières ensablées, collines mises à nu. Sans arbres, la pluie emporte tout. La route elle-même en souffre, creusée par les eaux, rappelant que la dégradation de l’environnement finit toujours par rattraper les infrastructures et les modes de vie.

Pourtant, au fil des kilomètres, une autre histoire commence à poindre. Celle d’une transition possible. À Antananarivo, lors de la Journée internationale de l’énergie propre, l’État et ses partenaires ont affiché une ambition claire : tourner la page du charbon. La Madagascar Clean Cooking Initiative (MCCI) fédère aujourd’hui 53 membres dans 13 régions, avec une vision et un programme triennal 2026-2028 dédiés à la cuisson propre. Bioénergie, foyers améliorés, GPL, e-cooking, solutions solaires : les alternatives existent, pensées pour s’adapter aux réalités locales.

Sur la route, on se surprend à imaginer ces mêmes villages, demain, libérés de la fumée, entourés de collines à nouveau vertes. Le ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures l’a rappelé : l’enjeu dépasse la cuisine. Il touche à la préservation des forêts, à la santé publique et à la qualité de vie. Pour le motard, c’est aussi une question de paysages à transmettre. Car un road trip sans forêts, sans ombre, sans biodiversité, perd une part de son âme.

Couper le contact au coucher du soleil, c’est regarder une dernière fois l’horizon. Là où subsistent encore des arbres, la lumière filtre différemment. Le combat contre le charbon n’est pas abstrait : il est visible, palpable, inscrit dans chaque kilomètre parcouru. Et sur les routes de Madagascar, protéger la forêt, c’est aussi préserver la liberté de rouler longtemps, dans un pays encore vivant.

Crédit images : Midi Madagasikara/ WWF/ Grok

Écrit par : T. Berado

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