


À Angodorofo, dans la commune rurale de Beramanja, région Diana, les mangroves ne sont pas un simple décor côtier. Elles constituent un rempart naturel contre l’érosion, un pilier de la pêche artisanale et un écosystème vital pour l’équilibre environnemental et la survie des communautés locales.
Mais avec le temps, cet écosystème fragile s’est dégradé. La circulation naturelle de l’eau, essentielle au bon fonctionnement des mangroves, s’est progressivement interrompue.
« On ne pouvait plus circuler facilement en pirogue entre les racines, car certains passages étaient complètement fermés. Cela montre clairement que les mangroves n’étaient plus en bonne santé », explique Jaotafara Botsilaha, président du Vondron’Olona Ifotony (VOI) d’Angodorofo.
Lorsque l’eau ne circule plus correctement, l’équilibre entre eau douce et eau salée se rompt. La salinité augmente, certaines zones s’assèchent, d’autres stagnent. Résultat : les palétuviers dépérissent, la faune marine se raréfie et les activités de pêche, essentielles à l’économie locale, sont directement affectées.
Face à ce constat, les communautés locales ont fait le choix d’une solution à la fois simple et respectueuse de l’environnement. Avec l’appui du WWF, une opération de restauration passive a été lancée en décembre à Angodorofo.
Contrairement aux méthodes classiques de reboisement, cette approche ne consiste ni à planter massivement ni à construire des infrastructures. L’objectif est plus subtil : redonner à l’eau son passage naturel. Les mangroves vivent au rythme des marées. Quand l’eau circule librement, elle régule la salinité, apporte des nutriments et permet aux espèces marines de se reproduire et de trouver refuge.

Avant toute intervention, une réunion communautaire a rassemblé les habitants, les autorités du Fokontany et les membres du VOI. Ces échanges, complétés par des visites de terrain, ont permis d’identifier collectivement les zones bloquées et de valider les solutions.
Munies d’outils traditionnels, sans machines lourdes, les communautés ont ensuite créé de petits canaux afin de rétablir la circulation de l’eau.
« Nous n’avons pas forcé la nature, nous avons seulement aidé l’eau à retrouver son chemin pour que les mangroves puissent vivre », souligne Jaotafara Botsilaha.
Aujourd’hui, les résultats sont visibles. Les marées circulent à nouveau entre les racines, les zones stagnantes se renouvellent, les jeunes palétuviers repartent. Les poissons, crabes et crevettes réinvestissent ces espaces, essentiels comme zones de reproduction et de protection.
Grâce à cet effort collectif, environ cinq hectares de mangroves ont déjà commencé à retrouver leur fonctionnement naturel.
Les mangroves jouent un rôle crucial, souvent sous-estimé :
Protection du littoral : leurs racines freinent les vagues, limitent l’érosion et réduisent l’impact des tempêtes et des cyclones.
Soutien à la pêche : elles servent de nurserie à de nombreuses espèces de poissons et de crustacés, garantissant des ressources halieutiques durables.
Barrière naturelle contre le changement climatique : les mangroves stockent de grandes quantités de carbone, bien plus que la plupart des forêts terrestres.
Filtration de l’eau : elles piègent les sédiments et les polluants, améliorant la qualité de l’eau côtière.
Moyens de subsistance : elles fournissent nourriture, bois, médicaments traditionnels et revenus aux populations riveraines.
À Angodorofo, les communautés locales ont démontré qu’il n’est pas toujours nécessaire d’imposer des solutions lourdes pour restaurer un écosystème. En rétablissant simplement les conditions naturelles, elles ont permis aux mangroves de reprendre leur souffle.
Une leçon forte : quand la nature retrouve ce dont elle a besoin, elle sait se régénérer d’elle-même, au bénéfice de la biodiversité et des populations qui en dépendent.
Crédit images : WWF Madagascar
Écrit par : T. Berado

