


L’axe Tsarasaotra–Ivato, conçu comme le poumon fluide d’Antananarivo, s’apprête à subir une transformation radicale. Entre dos-d'âne et limitations drastiques, le concept même de "voie rapide" semble s'évaporer.
Le ministère des Travaux publics a tranché. Suite aux manifestations des riverains face à une série d'accidents tragiques, la RN62 va être équipée de quatre passages piétons surélevés (faisant office de casseurs de vitesse) et d'une signalisation beaucoup plus restrictive. Pour nous, motards, qui empruntions cette route pour échapper à l'asphyxie du centre-ville, le constat est amer : la route Tsarasaotra–Ivato est en train de devenir un simple boulevard urbain.

Dès lundi prochain, l'entreprise Colas entamera les travaux. Le schéma est clair et plutôt dissuasif :
Alerte : Panneau de passage piéton.
Décélération : Limitation à 50 km/h.
Contrainte : Limitation à 40 km/h juste avant l'obstacle.
L'obstacle : Un passage piéton surélevé massif.
Le tout sera espacé de 50 mètres seulement. Autant dire qu'en termes de plaisir de conduite ou de gain de temps, le compte n'y est plus. Pire, le ministère prévoit une réduction temporaire de la largeur de la chaussée à certains points stratégiques.
C'est ici que le bât blesse. Rappelons que la RN62 a été pensée comme une rocade moderne, une infrastructure stratégique pour désengorger la capitale et relier l’aéroport en un temps record.
Le saviez-vous ? Une véritable voie rapide se définit par l'absence de croisements à niveau, une séparation physique des flux et, surtout, l'exclusion des usagers lents.
En installant des dos-d'âne sur une rocade, on traite le symptôme (la vitesse) sans régler la cause (la cohabitation impossible). Est-il normal que sur une voie de ce standing, on retrouve encore des charrettes à zébus, des vélos et des piétons traversant de manière anarchique ?

Une voie rapide digne de ce nom aurait dû s'accompagner de :
Passerelles piétonnes : Pour permettre la traversée sans jamais interrompre le flux des véhicules.
Routes secondaires : Des voies latérales réservées aux usagers lents (charrettes, piétons, deux-roues de faible cylindrée).
Clôtures de sécurité : Pour empêcher l'intrusion d'animaux ou de piétons hors des zones sécurisées.
Éducation routière : Une sensibilisation massive des fokontany riverains sur les dangers spécifiques d'une route à haute vitesse.
Si personne ne conteste l'urgence de protéger les vies humaines, on peut déplorer que la solution choisie soit celle de la régression technique. En transformant une rocade en une succession de ralentisseurs, on déplace le problème : les embouteillages risquent de refaire leur apparition, et l'investissement colossal consenti pour "fluidifier" la ville perd de son sens.
Motards, soyez prudents : la RN62 change de visage. Finies les trajectoires fluides, place au freinage permanent.
Écrit par : T. Berado

