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Just Ride actus / HYDROCARBURES – Le pétrole arrive à Toamasina, mais l’étau de « l’urgence » reste serré

Just Ride actus / HYDROCARBURES – Le pétrole arrive à Toamasina, mais l’étau de « l’urgence » reste serré

L’horizon semble s’éclaircir au port de Toamasina avec l’arrivée massive de carburant ce lundi. Pourtant, l’ambiance reste au gris à Antananarivo : l’état d’urgence énergétique est maintenu et le gouvernement persiste à brandir la menace d’une hausse des prix, malgré une conjoncture mondiale devenue favorable.

Le "Advantage Passion" en sauveur au port de Toamasina

Il était attendu comme le messie. Ce lundi, aux environs de 11h, le tanker Advantage Passion a fait son entrée en phase d’approche au Grand Port. Dans ses cales : 64 500 tonnes métriques de produits pétroliers.

Grâce aux dispositions exceptionnelles de l’état d’urgence décrété le 7 avril, l’Agence portuaire, maritime et fluviale (APMF) a ordonné que ce navire soit prioritaire pour l’accostage. Ce déchargement n’est que le premier d’une série de trois, le Groupement pétrolier de Madagascar (GPM) ayant déjà programmé deux autres arrivages massifs (64 500 tonnes le 5 mai et 19 000 m³ le 31 mai). Logiquement, avec un tel calendrier, le spectre de la pénurie devrait s'évanouir.


Un État d'urgence sans bouton "OFF"

C’est ici que le bât blesse. Alors que la cargaison est à quai et que les tensions au Moyen-Orient s'apaisent (offrant une baisse mondiale du baril de 18 %), le gouvernement malgache reste muré dans sa posture de crise.

À ce jour, aucune communication officielle n'est venue abroger ou assouplir le décret d'état d'urgence énergétique. Les 15 jours de régime d'exception courent toujours, maintenant une pression psychologique et des mesures de rationnement qui ne semblent plus justifiées par la réalité des stocks. Pourquoi maintenir un pays sous perfusion législative quand les remèdes sont déjà dans les cuves ?

Le paradoxe du ministre : Des cuves pleines, mais des prix en hausse

L’incohérence atteint son paroxysme avec les récentes déclarations du ministre de l’Énergie. Malgré trois facteurs majeurs qui devraient favoriser une baisse (ou au moins une stabilité durable) :

  1. Le retour massif de l'approvisionnement (150 000 tonnes d'ici fin mai).

  2. La chute brutale des cours mondiaux suite à la trêve au Moyen-Orient.

  3. La priorité accordée au fret pétrolier.

Le ministre maintient contre vents et marées qu’une augmentation des prix à la pompe est inévitable pour le mois de mai.


Une gestion à contre-courant ?

Le contraste est saisissant. D’un côté, le GPM et l’APMF démontrent que la logistique reprend ses droits et que le stock sera "optimal". De l’autre, le pouvoir politique semble vouloir ignorer la détente des marchés internationaux pour imposer une vérité tarifaire qui pénalise le consommateur malgache.

Si l’état d’urgence a servi à prioriser l’accostage du Advantage Passion, il ne doit pas servir de paravent à une politique de hausse des prix déconnectée de la chute du baril mondial. Les 14 jours de trêve internationale offrent une fenêtre de renégociation unique. L'ignorer serait, pour nos dirigeants, bien plus qu'une erreur de calendrier : ce serait un choix délibéré de sacrifier le pouvoir d'achat au profit d'une logique budgétaire rigide.

Le pétrole est là, les prix mondiaux chutent, mais la facture malgache, elle, s'apprête à grimper. L'urgence est-elle énergétique ou purement fiscale ?

Crédit images : MEH

Écrit par : T. Berado

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