


Le silence s'apprête à tomber sur l'un des plus grands témoins de l'histoire malgache. Dans le sud-ouest de l'île, près de Morombe, le baobab Tsitakakantsa entame son ultime voyage. Ce mastodonte végétal, dont la silhouette imposante est le clou de tout road trip dans l'Ouest de Madagascar, se fragmente. Les experts sont formels : d'ici deux à trois ans, ce monument vivant aura rejoint la terre.
Le nom de Tsitakakantsa n'est pas qu'un patronyme, c'est une description de son immensité : en langue locale, il signifie littéralement « on n'entend pas le chant de celui qui se trouve de l'autre côté du tronc ».
Avec près de 29 mètres de circonférence, l'arbre défiait les lois de la nature. Il n'était pas rare que les voyageurs, lors de leur remontée de la piste côtière entre Tuléar et Morondava, s'arrêtent de longues minutes, minuscules face à cette écorce grise plissée par huit siècles d'existence.

Le diagnostic est tombé suite à la chute récente d'une de ses branches maîtresses. Pour la communauté d'Andobiry, ce n'est pas seulement un arbre qui meurt, c'est un ancêtre qui s'en va.
Un refuge spirituel : Tsitakakantsa est un arbre sacré, lieu de prières et de rites ancestraux où l'on vient demander protection et bénédiction.
Un processus irréversible : Contrairement aux arbres à bois dur, le baobab est une plante succulente. En mourant, il ne sèche pas : il s'affaisse sur lui-même, son tronc se fissurant sous le poids de l'eau qu'il contient, avant de se décomposer rapidement.
Cette disparition ravive une blessure encore ouverte dans la région. En 2018, la chute de Tsitakakoike, un autre colosse légendaire, avait déjà marqué les esprits. La perte successive de ces doyens pose des questions cruciales :
« Ces arbres sont les piliers de notre écosystème et l'âme de notre offre touristique. Voir Tsitakakantsa s'effondrer, c'est voir une page de l'identité du Grand Sud-Ouest se tourner. » — Inquiétude partagée par les acteurs du tourisme local.
Bien que sa fin semble dictée par le temps et les pressions climatiques, la mort de Tsitakakantsa rappelle la fragilité extrême de l'endémisme malgache. Si vous prévoyez une expédition dans l'Ouest prochainement, c'est sans doute votre dernière chance de saluer ce gardien de l'horizon.
Demain, il ne restera de lui que des récits transmis par les anciens et le souvenir de son ombre immense sur la terre rouge de Morombe.
Crédit images : Cyrille Cornu
Écrit par : T. Berado

