


L'annonce de la réutilisation du grès bitumeux de Bemolanga pour une phase de démonstration à Morafenobe marque une étape symbolique forte. Plus qu'un simple essai technique, ce projet soulève des enjeux économiques et sociaux majeurs pour Madagascar, une île où l'enclavement reste le principal frein au développement.

Produire son propre bitume à partir des gisements de Bemolanga ne relève plus seulement de l'ingénierie, mais d'une stratégie de substitution aux importations.
Impact sur la Balance Commerciale : Madagascar importe actuellement 100 % de son bitume routier (souvent issu de raffineries étrangères). Cette dépendance pèse lourdement sur les réserves de devises étrangères. Une production locale permettrait de réduire ce déficit et de réinjecter ces capitaux dans l'économie nationale.
Indépendance face aux chocs mondiaux : Le prix du bitume importé est indexé sur les cours mondiaux du pétrole et les coûts du transport maritime (fret). En exploitant Bemolanga, le pays se dote d'un bouclier contre la volatilité des prix internationaux.
Création d'emplois locaux : Contrairement à l'achat de produits finis à l'étranger, l'extraction et la transformation du grès bitumineux nécessitent une main-d'œuvre locale intensive, de l'extraction minière au transport, créant une dynamique économique dans la région du Melaky.
Le débat historique sur Bemolanga a souvent buté sur la rentabilité. Cependant, le contexte a changé :
Facteurs de coût | Bitume Importé (Standard) | Grès Bitumeux (Bemolanga) |
Achat Matière | Coût élevé (cours mondial + marge raffinerie) | Coût d'extraction local (modéré à élevé selon l'échelle) |
Transport | Fret maritime international + Port + Route | Transport local terrestre (principalement) |
Devises | Paiement en USD/Euro (perte de change) | Paiement en Ariary (préservation des devises) |
Mise en œuvre | Nécessite des centrales d'enrobage complexes | Peut être utilisé "tel quel" ou avec un traitement simplifié |
L'analyse : Si le coût d'extraction industriel reste un défi, l'utilisation du grès bitumeux pour l'entretien des routes secondaires et rurales est nettement plus compétitive. Le coût du bitume importé rendu sur un chantier à l'intérieur des terres peut doubler à cause de la logistique, alors que le gisement de Bemolanga est déjà "sur place" pour les régions enclavées de l'Ouest.

Le projet de démonstration à Morafenobe est le juge de paix. Si la durabilité de ce revêtement local est prouvée sur le terrain, Madagascar pourrait enfin briser le cycle de la "piste éternelle". L'enjeu n'est pas seulement de construire des routes, mais de bâtir un modèle économique où la ressource du sous-sol sert directement au désenclavement du pays.
Écrit par : T. Berado

