


Amis motards, motardes, et passionnés de deux-roues à Madagascar, ajustez vos casques et préparez vos budgets. Le dernier Conseil des ministres vient de trancher : le mécanisme d’ajustement automatique des prix maxima des carburants à la pompe est officiellement rétabli dans la Grande Île.
Après une période de suspension décrétée pour nous éviter un choc frontal, le gouvernement réactive ce système de vérité des prix sous la pression des réalités économiques. Pour amortir le coup de gaz, un fonds de lissage de 419 milliards d'ariary a été prévu pour éviter que les prix n'explosent d'un coup, mais la tendance à la hausse mensuelle va directement impacter notre réservoir.
Pourquoi cette décision maintenant, et quel est le rapport avec l'asphalte que nous foulons chaque jour ? Pour le comprendre, il faut lever les yeux de notre guidon et regarder ce qui se passe à des milliers de kilomètres de nos routes.
Pour nous, motards, le carburant est le sang de nos machines. Or, Madagascar ne produit pas son propre carburant et dépend quasi intégralement des importations de produits raffinés, provenant en grande partie de pays du Golfe. Et c'est là que le bât blesse.
La crise géopolitique persistante au Moyen-Orient met le feu aux poudres dans une zone maritime ultra-stratégique : le détroit d’Ormuz. Ce mince bras de mer voit passer près d'un cinquième de la consommation mondiale de pétrole. Actuellement, l’état d’insécurité et les tensions militaires chroniques dans ce détroit font peser une menace permanente de blocage ou de ralentissement des supertankers.
Pour les compagnies pétrolières et les transporteurs, traverser cette zone est devenu un pari risqué. Résultat immédiat : les frais d'assurance maritime s'envolent, les routes maritimes se compliquent, et le coût d'acheminement explose.
Cette instabilité chronique au Moyen-Orient alimente directement la spéculation et la hausse du prix du baril de pétrole sur les marchés internationaux. Lorsque le détroit d'Ormuz éternue, c'est toute la planète économique qui attrape froid, et le cours du brut s'emballe. Le prix du gasoil et de l'essence sur le marché international a atteint des sommets, creusant un fossé intenable entre le coût réel du carburant importé et le prix qui était gelé à la pompe à Madagascar.
L'État ne pouvant plus éponger des milliards d'ariary de subventions pour combler cet écart sans risquer la faillite budgétaire, le Conseil des ministres a dû acter ce retour à l'ajustement automatique.
Pour la communauté des motards, qu'on roule en petite cylindrée pour affronter les embouteillages d'Antananarivo ou en grosse cylindrée pour avaler les RN, le prix du litre de Sans Plomb est le nerf de la guerre. Avec ce mécanisme automatisé, le prix à la pompe va désormais coller au plus près des fluctuations du marché mondial et de la valeur de l'Ariary.
Si le baril flambe à cause des tensions à Ormuz, notre plein nous coûtera plus cher au début du mois suivant. À l'inverse, si le calme revient au Moyen-Orient et que les cours s'apaisent, les prix à la pompe devraient théoriquement baisser.
Une chose est sûre : l'ère du carburant totalement figé est derrière nous. Il va falloir adopter une conduite plus souple, anticiper les variations mensuelles et, surtout, espérer que la diplomatie internationale parvienne à calmer le jeu dans le Golfe Persique pour éviter que nos sorties dominicales ou nos trajets quotidiens ne deviennent un produit de luxe.
Restez prudents sur la route, et gardez un œil sur le calendrier de l'OMH (Office Malgache des Hydrocarbures) à chaque fin de mois !
Écrit par : T. Berado

