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Just Ride analyse-actus / COMATSA : Peut-on réellement restaurer une forêt malgache en seulement quatre ans ?

Just Ride analyse-actus / COMATSA : Peut-on réellement restaurer une forêt malgache en seulement quatre ans ?

Le ministère de l’Environnement et le WWF Madagascar célèbrent un dépassement historique des objectifs de reboisement dans le Nord de la Grande Île. Si la performance humaine et logistique est indiscutable, le terme de « restauration forestière » après seulement quatre ans de projet interroge la réalité du temps écologique.

C’est le genre de bilan qui fait briller les rapports institutionnels. Entre 2021 et 2025, les actions menées dans le corridor COMATSA (Marojejy–Tsaratanana–Anjanaharibe Sud) ont permis de reverdir 1 132 hectares de terres dégradées. Un score qui pulvérise l’objectif initial de 800 hectares fixé par le ministère de l'Environnement et du Développement durable, appuyé par le WWF Madagascar.

Sur le papier, le succès est total. Sur le terrain, il témoigne surtout d'une mobilisation exemplaire des communautés locales qui ont su s'approprier le projet pour protéger leurs ressources en eau et sécuriser leurs terres agricoles face aux assauts du changement climatique. Mais au-delà de l'autosatisfaction politique, un glissement sémantique interroge : peut-on réellement parler de « restauration » pour un écosystème aussi complexe en l’espace de quatre ans ?

Dans le jargon des bailleurs et des ministères, un arbre mis en terre et qui survit à sa première saison sèche est souvent synonyme de case cochée. Pourtant, la forêt dense humide de basse et haute altitude qui caractérise le Grand Nord malgache obéit à une tout autre temporalité. C'est celle d'une nature qui ne se laisse pas presser par les calendriers des projets de développement.

En quatre ans, que s'est-il réellement passé dans le COMATSA ? Les parcelles ont vu s'installer ce que les botanistes appellent le « recru » forestier. Des espèces pionnières à croissance rapide, comme le Harungana madagascariensis (Harongana), ont colonisé l'espace, créant un premier dôme d'ombre indispensable.

Mais ces arbustes ne font pas une forêt. Pour que les grands arbres endémiques de la canopée, ceux-là mêmes qui abritent la faune unique de la région et structurent durablement le sol, atteignent leur simple maturité sexuelle et commencent à produire des graines, il faut compter en moyenne 20 ans. Pour qu’ils acquièrent leur stature adulte et restaurent l'architecture initiale de la forêt, la science table plutôt sur une fourchette allant de 40 à 100 ans. En 2026, les 1 132 hectares célébrés ressemblent donc davantage à de jeunes fourrés fragiles qu’à la jungle primaire du Marojejy.

Le vrai tour de force : la préservation

Est-ce à dire que le bilan est gonflé ? Non, mais l'exploit n'est pas là où on l'affiche. La véritable victoire de ces quatre années ne réside pas dans la croissance biologique des arbres que l'homme ne peut accélérer, mais dans la sécurisation humaine du territoire.

Atteindre 141 % de l’objectif initial dans une zone soumise à d’intenses pressions anthropiques (coupes illégales, pressions migratoires, tavy) est un tour de force managérial et social. Cela signifie que le WWF et les associations villageoises ont réussi l’impossible : exclure le feu, le bétail et la hache de ces parcelles pendant 1 400 jours d'affilée. C'est une action de préservation active et de Régénération Naturelle Assistée (RNA) d'une efficacité rare.

Le défi des trente prochaines années

En qualifiant de « restaurée » une forêt à peine germée, les autorités prennent le risque de crier victoire trop tôt. Le processus de restauration n'est pas achevé ; il vient à peine de recevoir son impulsion initiale.

La biodiversité végétale et animale ne reviendra pas s'installer durablement dans des plantations de quatre ans. Pour que l’exploit institutionnel se transforme en un véritable sanctuaire écologique, il faudra que la surveillance, le financement et la ferveur des communautés locales maintiennent ce bouclier de protection pendant les trois prochaines décennies. Les arbres du COMATSA ont commencé à pousser, le plus long reste à faire.

Crédit images : WWF

Écrit par : T. Berado

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