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Just Ride actus / Aquaculture à Madagascar : entre promesses de l'État et dérives du marché

Just Ride actus / Aquaculture à Madagascar : entre promesses de l'État et dérives du marché

Alors que le gouvernement et les Nations Unies misent sur l’économie verte pour résorber un chômage des jeunes qui touche 98,5 % de la population active, la filière de la pisciculture en eau douce traverse une crise inédite. Entre ambitions étatiques et grogne des opérateurs locaux face à une concurrence opaque, enquête sur le terrain.

Réunis autour d’une table ronde du 15 au 17 juillet, le PNUE, l’OIT, l’UNICEF et plusieurs ministères malgaches ont jeté les bases du « Green Jobs for Youth Pact ». L’objectif est ambitieux : créer 120 000 emplois verts dans des secteurs porteurs comme la gestion des déchets, l’écotourisme ou encore l’aquaculture. Cette dernière filière englobe une multitude de métiers d'avenir pour la jeunesse, allant de la production d'alevins en écloserie à la fabrication d'aliments locaux, en passant par la gestion technique des bassins et la logistique de distribution.

Pourtant, sur le marché de la carpe et du tilapia, l'enthousiasme institutionnel se heurte à une réalité de terrain beaucoup plus sombre. Depuis le courant de l'année 2024, les jeunes pisciculteurs et les commerçants locaux assistent, impuissants, à une arrivée massive de ressortissants chinois dans le secteur. Ces nouveaux acteurs ont ouvert des poissonneries à un rythme effréné, approvisionnées par des élevages intensifs dont personne ne parvient à tracer la localisation exacte.

Cette expansion rapide s'accompagne d'une politique de prix agressive que les opérateurs malgaches qualifient de concurrence déloyale. Du côté d’Andravoahangy, quartier commerçant de la capitale, le désarroi est palpable chez les poissonniers traditionnels. « Nous devrions vendre le kilo de tilapia à 25 000 ariary pour dégager un bénéfice dérisoire de 1 000 ariary », confie un commerçant de la place. « Eux arrivent à écouler leur marchandise à 18 000 ariary, voire moins cher. On ignore totalement d'où vient leur poisson pour qu'ils puissent se permettre de tels tarifs. »

Au-delà de cette guerre des prix, c'est l'absence apparente de régulation qui exaspère la filière locale. Selon ce même commerçant, ces opérateurs échappent mystérieusement aux mailles du filet administratif. « Ils ne subissent pas les contrôles de conformité que l'État nous impose, que ce soit sur la provenance des produits ou sur la fiscalité », dénonce-t-il, s'interrogeant sur la légalité même de ces activités, tant sur le plan de la vente de détail que de l'élevage intensif.

Pour que la future feuille de route des emplois verts ne reste pas une déclaration d'intention, le gouvernement malgache devra rapidement répondre à ce défi. L'insertion durable des jeunes dans l'aquaculture ne pourra se faire sans un encadrement strict du marché, garantissant l'équité fiscale et la transparence des investissements sur le territoire national.

Écrit par : T. Berado

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