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Madagascar : Les femmes, gardiennes et moteurs de la résilience des mangroves dans la baie d’Ambaro

Madagascar : Les femmes, gardiennes et moteurs de la résilience des mangroves dans la baie d’Ambaro

À la jonction de la terre et de la mer, les mangroves forment des écosystèmes côtiers d'une valeur inestimable. Remparts naturels contre l'érosion littorale, la montée des eaux et les tempêtes, ces forêts amphibies abritent une biodiversité marine et terrestre exceptionnelle. Elles jouent également un rôle clé dans la lutte contre le réchauffement climatique grâce à leur immense capacité de stockage du carbone bleu. Au-delà de ces services écologiques, elles fournissent nourriture, protection et revenus à des millions d'habitants le long des côtes.

Pourtant, la préservation à long terme de cet habitat ne repose pas uniquement sur des directives environnementales : elle s'appuie sur une gestion inclusive qui place les femmes au cœur de la gouvernance locale.

Dans de nombreuses communautés côtières, les femmes interagissent quotidiennement avec la mangrove. Elles y collectent les poissons, crabes, crevettes, bois de chauffage et plantes médicinales, puis assurent la transformation et la vente de ces ressources.

Cette utilisation régulière leur confère une connaissance fine du milieu. En tant que dépositaires de ces savoirs traditionnels, elles les transmettent aux plus jeunes et sensibilisent la communauté aux enjeux de la protection. Leur implication dans la gestion garantit des décisions plus équilibrées, ancrées dans la réalité des usages locaux, et renforce l'efficacité des initiatives de restauration.

Reconnue comme le 21ᵉ site Ramsar de Madagascar pour son importance internationale, la baie d’Ambaro (région Diana) illustre concrètement ce modèle de gestion inclusive.

Dans six villages de la zone (Antenina, Andilamoko, Analasatrana, Antsohimbondrona, Ambohibory et Ampanasina), l'intégration des femmes au sein des instances de décision est désormais une réalité chiffrée :

  • 39 % des membres des conseils d’administration (CA) des organisations communautaires sont des femmes (24 femmes sur 61 sièges).

  • 42 % de représentativité féminine globale au sein des organisations gestionnaires de ces mangroves.

Cette présence transforme la gestion du territoire sur le terrain :

  • À Antsohimbondrona, les alertes données par les femmes vivant dans des secteurs isolés déclenchent rapidement des patrouilles communautaires pour stopper les coupes illégales.

  • À Analasatrana, leur expertise guide directement le choix des parcelles de reboisement pour préserver les zones de pêche aux crabes.

« Je veux protéger notre patrimoine naturel pour préserver l’avenir des futures générations. Je n’ai pas peur d’intercepter quiconque commet un délit à l’intérieur de nos mangroves. » Soatombo, leader communautaire engagée depuis 8 ans dans la restauration à Antsohimbondrona.

L'émancipation des femmes dans la gouvernance environnementale s’inscrit également dans un cadre d'appui global soutenu par le WWF. Cet accompagnement se traduit par :

  1. Le renforcement des compétences et des formations à la gestion locale.

  2. La sensibilisation aux droits humains et à l'égalité des genres.

  3. Le soutien financier et institutionnel direct aux Communautés Locales de Base (CLB).

Placer les femmes au centre de la préservation des mangroves ne relève pas d'un simple principe d'équité. C'est un levier indispensable pour bâtir des communautés littorales résilientes, capables de protéger durablement leurs ressources face aux défis climatiques actuels.

Écrit par : T. Berado

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