

Alors que les thermomètres mondiaux s'affolent déjà, une nouvelle perturbation climatique d'une ampleur inédite pointe à l'horizon. Un réchauffement anormal et particulièrement intense des eaux du Pacifique tropical, le phénomène El Niño, s'amorce et menace d'ébranler l'équilibre déjà fragile de la Grande Île. Si le cœur de ce phénomène se situe à des milliers de kilomètres, ses ondes de choc météorologiques s'étendent à l'ensemble du globe et risquent d'avoir des répercussions directes et dévastatrices sur la vie quotidienne des Malgaches.
Le phénomène El Niño n'a rien d'inédit en soi, mais le contexte dans lequel il survient aujourd'hui est profondément préoccupant. La planète enregistre déjà des températures record sous l'effet du changement climatique global. Les projections scientifiques pour la période 2026-2027 annoncent des anomalies de température à la surface des océans pouvant atteindre 3,6 °C, alors que seuls cinq événements ont dépassé le seuil des 2 °C depuis 1950. La juxtaposition de ce phénomène exceptionnel avec une tendance globale au réchauffement crée un cocktail explosif susceptible d'engendrer une multiplication des événements climatiques extrêmes.
Pour Madagascar, cette situation est lourde de conséquences. Les effets d'El Niño ne se limiteront pas à de simples relevés météorologiques : ils se traduiront très rapidement en difficultés économiques et sociales majeures. Dans un pays où une large majorité de la population dépend directement de la terre et des ressources naturelles pour survivre, les chocs climatiques frappent de plein fouet les moyens de subsistance. Les risques d'un dérèglement prolongé des précipitations font peser une menace directe sur la production agricole et l'approvisionnement en eau potable. En découlent une hausse inévitable des prix des denrées de base sur les marchés et une aggravation de l'insécurité alimentaire pour les foyers les plus vulnérables.
Face à cette menace imminente, la fatalité n'a pas sa place. Si El Niño finira par passer, la crise climatique globale, elle, s'inscrit dans la durée. C'est dès aujourd'hui que se joue la capacité du pays à faire face aux prochains chocs. L'urgence impose d'abandonner la gestion de crise a posteriori pour privilégier une préparation rigoureuse. Cela passe impérativement par le renforcement des systèmes d'alerte précoce pour informer et protéger les communautés à temps, mais aussi par une accélération de la transition vers les énergies renouvelables, la préservation de nos écosystèmes forestiers et l'adoption de pratiques agricoles adaptées aux nouvelles réalités climatiques. Anticiper plutôt que subir demeure le seul moyen d'assurer la résilience de la Grande Île.
Écrit par : T. Berado

